Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Publié par med médiène

Baron Gérard - Portrait de jeune femme

Baron Gérard - Portrait de jeune femme

Odor di femina

Les femmes comme il ne faut pas qui peuplent l’univers balzacien sont souvent de redoutables séductrices et, pour les plus hardies, délicieusement immorales. Elles occupent une place royale dans ce monde de banquiers et d’industriels qu’inaugure la Monarchie de Juillet que Balzac, avec son don de double vue, transpose dans son oeuvre.
Cette place longtemps refusée par l'ordre social est celle du corps de la femme reconnu désormais par la littérature, ses lectrices et ses lecteurs. Un corps décrit sans fard ni tabou qui s’exprime dans le Roman avec ses élans, ses mensonges et ses satisfactions. La parole du corps est, ici, aussi audible que le froissement « d’une robe d’organdi rouge » qui tombe en glissant sur le tapis d’une chambre close. Balzac parle de l'expérience du plaisir et des « jouissances d’amour » que ne craint plus de réclamer la femme balzacienne - qu’elle soit du grand monde, bourgeoise ou du peuple.

Une grammaire amoureuse structure l’imaginaire de La Comédie humaine, avec ses règles et ses exceptions, son implicite et son explicite, tout un langage en somme qui annonce le discours de la modernité. Dans l’impressionnante suite de portraits féminins dressée dans La Comédie humaine, apparaissent, comme dans un inventaire social au parfum de vérité, des visages, des formes et des styles décrits dans la multitude de leurs différences et de leurs contrastes - mais tous investis d’un souverain pouvoir subversif.
Voyons.
Il y a la digne et aristocratique Mme de Beauséant, La femme abandonnée réfugiée à Bayeux et que l’amour d’un jeune homme réconcilie avec les fêtes inégalées de la chair ; l’audacieuse et noble Diane de Maufrigneuse, princesse de Cadignan, « une femme à la mode » qui croque les fortunes et collectionne les amants (entre 12 et 20 selon Balzac) dont elle reconnait au soir de sa vie qu’aucun d'entre eux ne lui avait procuré la moindre sensation de plaisir ; la jeune élève d’un atelier de peinture Ginevra di Piambo que sa « puissante beauté » corse conduit par amour à l’impardonnable faute et au bannissement ; l’incandescente et insatiable Louise de Chaulieu qui tue par « petites morts » successives son mari au cœur fatigué ; la froide et blonde comtesse Angélique de Granville qui, par excès de bigoterie, refuse de se donner à son époux sous prétexte que Dieu ne le veut pas ; Eugénie Grandet à la beauté provinciale, bridée par un père sans tendresse, se métamorphose à l’arrivée de son cousin à Saumur et au baiser qu’ils échangent en femme qui se surprend à désirer ce que lui disent « ses rêves les moins purs » ; l’intelligente et courageuse Dinah de la Baudraye éblouie par la soudaine découverte de l’orgasme décide de quitter son mari impuissant pour rejoindre son amant à Paris ; l’insatisfaite et malheureuse comtesse Honorine que la morsure du plaisir ressenti dans les bras d’un autre homme que son mari empêche de retourner vivre sous le toit conjugal ; la svelte et mince Lady Dudley qui s'adonne en France au "péché positif" prôné en Angleterre par « ses sœurs en liberté » et sa passive rivale, la lourde, lente et pieuse comtesse Henriette de Mortsauf, mariée à un homme brutal qu’elle déteste et qui, dans le délire d’une terrible agonie, maudit ce Dieu aveugle qui interdit aux femmes qui aiment d’aimer ; la coquette et hautaine duchesse de Langeais qui rencontre au bal un homme de la seconde noblesse qu’elle séduit et qu’elle ridiculise jusqu’au jour où elle comprend, mais trop tard, qu’elle s’est laissée prendre à son propre jeu ; Foedora, la femme sans cœur, bouche rouge et corps de marbre froid, qui, seule dans la nuit de sa chambre, se déshabille les yeux fixés sur le miroir qui lui renvoie l’image de sa nudité orpheline ; Coralie l’actrice à la jeunesse sacrifiée par amour et Florine son amie qui saura préserver la sienne : deux actrices entretenues qui sont presque des courtisanes et presque des saintes ; Suzanne d’Alençon, la lingère au cœur tendre qui finit par comprendre que seul « le luxueux Paris » saura marchander sa rare « chair à la Rubens » ; Ida Gruget, la lorette espiègle et impertinente, qui se jette dans la Seine par amour pour un ancien bagnard vieilli ; Paquita Valdès, la fille aux yeux d’or vendue par sa mère à Mme de San Réal, « une Othello femelle, » qui en fait une savante esclave formée pour satisfaire ses caprices de tribade ; Esther Gobseck la plus belle des belles prostituées juives de La Comédie humaine, une « machine à plaisir » que touche la grâce du véritable amour mais qui, placée dans un couvent pour l’éloigner des vases de son ancien métier, éprouve à l’heure de la prière une irrépressible bouffée de désir à la vue du corps nu du Christ. ;  et enfin, pour clore cette galerie loin d’être complète, évoquons Valérie Marneffe, si magnifiquement perverse, si naturellement cruelle que son rôle semble être de perdre les hommes qui croisent son vert regard de mante religieuse.

La morale balzacienne transparaît de façon claire dans les nombreuses pages où il évoque l’amour : les plus parfaites de ces femmes ne sont pas les plus sages et les plus prudes ne sont pas les plus innocentes.
Brune, blonde ou rousse, mince ou bien en chair, mariée légalement ou « de la main gauche », séparée ou célibataire, abandonnée ou « abandonnante, » aristocrate ou lorette, de Paris ou de province, sentimentalement attachée à un amant ou faisant de l'amour un métier, l’esprit piquant ou acerbe, montrant dans de larges décolletés "sa peau de lait" ou à la lisère de sa robe la pointe d’une chaussure gainant "un mignon petit pied, l’héroïne balzacienne, dans son conscient défi à l’ordre social, provoque, par la force de sa présence, le trouble, le désir, la passion.

« Toute femme ment » écrit Balzac dans Ferragus. Ce trait de caractère qui prédisposerait la femme au mensonge ne tient pas, comme voulait le faire croire la doxa de son époque, à sa nature de femme mais au statut rigide que le code civil lui imposait. La femme ment, explique l’auteur, parce qu’elle n’a pas le choix. Ce credo simple, énoncé dans presque toutes les histoires racontées, résume le destin de ce monde séduisant, mais prisonnier des lois, que l’écrivain dépeint avec une gourmandise qui en dit long sur ses propres appétits.

Honoré de Balzac - Femmes

 

Peintres  contemporains de Balzac

Portraits de Femmes

1820 - 1850

 

 

Joseph-Désiré Court - Femme à mi-corps, couchée sur un divan, 1829

Joseph-Désiré Court - Femme à mi-corps, couchée sur un divan, 1829

Joseph Desire Court - Belle de jour, vers 1845 .jpg

Joseph Desire Court - Belle de jour, vers 1845 .jpg

Joseph-Désiré Court - La lorette, 1844

Joseph-Désiré Court - La lorette, 1844

Joseph Desire Court - La Venitienne au Bal Masque 1837

Joseph Desire Court - La Venitienne au Bal Masque 1837

Joseph Desire Court - La Venitienne au Bal Masque 1837

Joseph Desire Court - La Venitienne au Bal Masque 1837

Joseph Desire Court - La sortie de bal

Joseph Desire Court - La sortie de bal

Autres peintres

Baron Gérard - Portrait de Juliette Récamier, 1805.jpg

Baron Gérard - Portrait de Juliette Récamier, 1805.jpg

 Géricault - Portrait de Laure bro, née de Comères, 1818-1820

Géricault - Portrait de Laure bro, née de Comères, 1818-1820

École française vers 1820, entourage de François Pascal baron Gérard

École française vers 1820, entourage de François Pascal baron Gérard

Henri Lehmann - Marie d'Agoult, 1843.jpg

Henri Lehmann - Marie d'Agoult, 1843.jpg

Honoré de Balzac - Femmes
Eugène Delacroix - Madame François Simon, 1829.jpg

Eugène Delacroix - Madame François Simon, 1829.jpg

Léon Riesener - Portrait de Madame Léon Riesener, née Laure Peytouraud

Léon Riesener - Portrait de Madame Léon Riesener, née Laure Peytouraud

Hippolyte Flandrin - Jeune fille en buste les yeux baissés 1840

Hippolyte Flandrin - Jeune fille en buste les yeux baissés 1840

Anonyme - Portrait d'Ernesta Grisi, vers 1840 .jpg

Anonyme - Portrait d'Ernesta Grisi, vers 1840 .jpg

Théodore Chassériau - Aline, la jeune soeur du peintre

Théodore Chassériau - Aline, la jeune soeur du peintre

Théodore Chassériau - Portrait de Alice Ozy

Théodore Chassériau - Portrait de Alice Ozy

Théodore Chassériau Portrait de Melle Cabarrus, 1848.jpg

Théodore Chassériau Portrait de Melle Cabarrus, 1848.jpg

Ingres - Portrait de madame de Senonnes , 1814.jpg

Ingres - Portrait de madame de Senonnes , 1814.jpg

Ingres - Portrait de la Comtesse d'Haussonville, 1845 .jpg

Ingres - Portrait de la Comtesse d'Haussonville, 1845 .jpg

Ingres – Hortense Reiset, 1846

Ingres – Hortense Reiset, 1846

Ingres - Portrait de Madame  Moitessier assise, 1844-1856

Ingres - Portrait de Madame Moitessier assise, 1844-1856

 Ingres - Baronne James de Rothschild, 1848

Ingres - Baronne James de Rothschild, 1848

Ingres - Portrait de Mademoiselle Gonse, 1852.jpg

Ingres - Portrait de Mademoiselle Gonse, 1852.jpg

Ingres - Princesse Albert de Broglie, 1853

Ingres - Princesse Albert de Broglie, 1853

Henri Lehmann - Jeune femme, 1837 .jpg

Henri Lehmann - Jeune femme, 1837 .jpg

Henri Lehmann - Madame Arsène Houssaye, vers 1840

Henri Lehmann - Madame Arsène Houssaye, vers 1840

Henri Lehmann  - Portrait de Clémentine (Mme Alphonse Karr) 1845

Henri Lehmann - Portrait de Clémentine (Mme Alphonse Karr) 1845

Henri Lehmann - Ophelia, 1847

Henri Lehmann - Ophelia, 1847

Thomas Couture - Jeune femme en buste, les épaules dénudées

Thomas Couture - Jeune femme en buste, les épaules dénudées

Thomas Couture - Prtrait de femme, vers 1848

Thomas Couture - Prtrait de femme, vers 1848

Thomas Couture - Tête de femme.jpg

Thomas Couture - Tête de femme.jpg

Thomas Couture - Portrait d'une femme assise, 1850

Thomas Couture - Portrait d'une femme assise, 1850

Thomas Couture - Portrait de la baronne Marie-Marguerite d’Astier de la Vigerie, 1847

Thomas Couture - Portrait de la baronne Marie-Marguerite d’Astier de la Vigerie, 1847

Et ce tableau de Louis-Léopold Boilly sur l'importance à cet époque de la pointure des pieds

Louis-Léopold Boilly - La Comparaison des petits pieds, Huile sur toile, vers 1791

Louis-Léopold Boilly - La Comparaison des petits pieds, Huile sur toile, vers 1791

Commenter cet article