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Publié par med médiène

Gustave Courbet - Jo, La belle Irlandaise, la maîtresse du peintre, h/t, 1866. Elle est la femme rousse du tableau Le Sommeil

Gustave Courbet - Jo, La belle Irlandaise, la maîtresse du peintre, h/t, 1866. Elle est la femme rousse du tableau Le Sommeil

Les années 1860 sont pour Gustave Courbet des années d’intense production picturale. Portant beau sa quarantaine vigoureuse, homme de désirs, il voyage à travers la France peignant les lieux qu’il traverse – la Saintonge, le Midi, la côte Normande et bien entendu son pays natal, la Franche Comté – la terre des utopies - à qui il demeurera attaché politiquement et sentimentalement toute sa vie. Ces années constituent aussi une évolution radicale dans sa manière de représenter le nu féminin. Développant son principe de l’Allégorie réelle, inspirée du socialisme phalanstérien et anticlérical de Proudhon, il s’attache à peindre au plus près la vérité concrète et non idéalisée des corps féminins qu’il fait vivre sur sa toile. Les modèles dont il se sert sont principalement des femmes avec lesquelles il entretient une relation amoureuse (Jo l’Irlandaise…) qui lui permet d’en connaître l’odeur, le grain de la peau, la morphologie intime, les cheveux détachés étalés sur un lit, la fougue ou le calme dans la paix du sommeil. Quand il est en manque d’amies complices, il recourt aux photographies d’Auguste Belloc, Felix-Jacques Moulin et Julien Vallou de Villeneuve qu’il fréquentait et dont il était un fervent collectionneur.
Deux tableaux vont illustrer cette promenade dans le maquis touffu des œuvres consacrées au nu courbétien. L’une de 1853, Les Baigneuses, qui donne la mesure du style réaliste qui va définir la future production du peintre et qui peut tenir dans cette déclaration, « Je vais vous peindre la nature telle qu’elle est. » L’autre de 1866, Les Dormeuses dites aussi Les deux amies et Paresse et luxure une commande du diplomate Turc Khalil Bey, dans lequel Courbet exploite le thème de l’homosexualité féminine traité avec une telle liberté qu’il provoque là encore l’indignation outrée des tenants de la peinture académique et celle plus pernicieuse pour sa carrière des Ligues de vertu, le bras armé de l'Eglise.

 

Les baigneuses

Courbet représente dans les Baigneuses une femme épaisse mais infiniment gracieuse et légère dans sa démarche. L’originalité de l'artiste dans ce tableau tient dans le fait que la femme peinte n’est pas statique. Elle ne pose pas, bien qu’il y ait de fortes chances que le peintre l’a peinte d’après une photographie de Vallou de Villeneuve. Il la montre en mouvement, de dos, dans sa plantureuse nudité à peine recouverte par, écrit-il à ses parents, "un linge sur les fesses .». Sa croupe et ses mollets paraissent disproportionnées par rapport à son buste et à son sein droit que l’on voit pointer et que l’on devine menu. L’utilisation du corset ne suffit pas à justifier ce déséquilibre anatomique. Et l’on imagine mal cette masse de chair ornée de sa jolie tête sortant de la petite mare peinte au-devant du tableau. Pourtant l’ensemble se tient et la grâce légère évoquée plus haut ne s’en trouve pas compromise. La baigneuse en marchant fait un geste avec son bras droit, geste de surprise, de dénégation ou d’adieu qui rappelle celui de Sainte Marguerite et le Dragon

de Titien. On dirait qu’elle voudrait s’absenter du regard du spectateur, se perdre dans le mur de feuilles qui ferme le fond de la toile, comme si elle voulait se décharger de son poids de femme.

Courbet en affinant la couleur de son tableau et le dessin de son modèle ajoute une servante assise sur le sol  de la clairière. Ses vêtements en désordre, ses pieds déchaussés protégés par des bas suspects à demi ôtés (ou à demi enfilés), ses traits même valident une origine sociale misérable, sans doute une fille de ferme. Elle semble dire quelque chose à sa maitresse qui se dirige vers la verdure des arbres, répétant presque l’étrange mouvement des bras qu’elle adresse on ne sait à quel « dragon » intérieur.

 

Le sommeil, Les deux amies ou Paresse et luxure

L’intention du peintre, dans son refus d’un érotisme facile, prend une allure clairement dissidente en regard des nus réalisés par ses contemporains. Les nus de Courbet, comme faits de chair vivante, questionnent sans détour le choix du genre que peut prendre le corps désirant de la femme. Ainsi des baudelairiennes Dormeuses (1866), La Femme au perroquet (1866), La Femme au chien (vers 1868) ou La Femme à la vague (1868), qui s’inscrivent en opposition aux multiples nus admis par les Salons dominés par les Vénus lisses et sucrées d’Alexandre Cabanel ou de William Bouguereau.
Le Sommeil évoquent sans ambigüité l’amour lesbien en vogue dans la bonne société du Second Empire déclinant. Les yeux clos, lasses et heureuses de leur lassitude, les deux femmes endormies reposent, enlacées tendrement. L’amante brune, étendue de trois quarts sur le dos, couvre instinctivement de sa cuisse gauche le ventre de sa compagne tandis que de sa jambe droite elle semble retenir et attirer à elle son bassin qui se colle à son flanc. Elle conserve dans son sommeil un air sérieux, presque sévère. La femme rousse à la chevelure bouclée reposant au creux de l’épaule de son amie, respire sa poitrine en dormant. Son bras droit semble retenir la jambe qui l’entoure comme pour la garder dans sa reconnaissante soumission. Mais avec douceur, dans l’absence protectrice du sommeil. Aux deux extrémités de la diagonale du tableau, qui croise en son milieu celle constituée par le corps des amantes, le peintre a placé, en rappel de sa dette à l’égard les peintres Vénitiens et Flamands, des fleurs et une carafe à liqueur, la signature sensuelle des dieux de l’Olympe. Le fond sombre de la scène rehausse le blanc du centre du tableau occupé par le grand lit défait aux draps froissés où dors le couple scandaleusement heureux. Un collier de perles au fermoir cassé atteste de l’ardeur des ébats. Leurs corps comblés présentent une carnation différente : l’une a la peau claire et moelleuse des rousses bien en chair, l’autre est d’un doré mat, franc. Cette variation chromatique de l’épiderme, héritage de l’art classique, est une manière pour Courbet de déterminer le rôle (masculin/féminin) tenu par chacune des amoureuses et de l’indiquer à son spectateur. L’intrication parfaite des corps montrés souligne leur pleine et harmonieuse entente - aucune dissonance ne vient troubler leur union - et réfute tout discours moralisateur.

 

L’art par nature est transgressif. Il se moque de l’ordre institutionnel et proclame avec Courbet que la seule loi qui vaille est celle de la vérité esthétique brute de l’inconstante et imprévisible condition humaine. En 1866, le peintre réalise, avec L’Origine du monde, le tableau impossible, la peinture de l’immontrable milieu de la femme, la source de toute vie. Par cette toile restée longtemps soustraite au regard du grand public par son détenteur Khalil Bey et ceux qui lui ont succédé (elle ne rejoint la collection du musée d’Orsay qu’en 1995), Courbet résume magistralement, sur un morceau de toile de 55x45cm, l’histoire de l’art centré sur le nu et, percevant ses limites, annonce sa fin.

GALERIE

- Portraits de Gustave Courbet

- Photos de quelques modèles

- Oeuvres

LA QUARANTAINE VIGOUREUSE DE GUSTAVE COURBET

Gustave Courbet photographié avant 1867 par Pierre Petit.

Gustave Courbet photographié avant 1867 par Pierre Petit.

Gustave Courbet à l'âge de 42 ans par Henri Tournier

Gustave Courbet à l'âge de 42 ans par Henri Tournier

Gustave Courbet par Nadar

Gustave Courbet par Nadar

MODELES

Alexis Gouin - Modèle posant pour une photographie destinée aux peintres, 1853. Auguste Belloc a eu également recours à cette jeune femme pour une série de nus.

Alexis Gouin - Modèle posant pour une photographie destinée aux peintres, 1853. Auguste Belloc a eu également recours à cette jeune femme pour une série de nus.

Julien Vallou de Villeneuve - Henriette Bonnion posant pour "l'Atelier du peintre", 1854

Julien Vallou de Villeneuve - Henriette Bonnion posant pour "l'Atelier du peintre", 1854

Julien Vallou de Villeneuve - Henriette Bonnion  posant pour Les Baigneuses, 1853

Julien Vallou de Villeneuve - Henriette Bonnion posant pour Les Baigneuses, 1853

Julien Vallou de Villeneuve - Henriette Bonnion  posant pour Les Baigneuses, 1853, Eude de nu.jpg

Julien Vallou de Villeneuve - Henriette Bonnion posant pour Les Baigneuses, 1853, Eude de nu.jpg

OEUVRES

Gustave Courbet - Les baigneuses, 1853.

Gustave Courbet - Les baigneuses, 1853.

Gustave Courbet - L'Atelier du peintre (détail - On reconnait le modèle Henriette Bonnion), 1855

Gustave Courbet - L'Atelier du peintre (détail - On reconnait le modèle Henriette Bonnion), 1855

Gustave Courbet - Les Deux Amies, 1858

Gustave Courbet - Les Deux Amies, 1858

Gustave Courbet - Le rêve ou Femme nue endormie, 1858 .jpg

Gustave Courbet - Le rêve ou Femme nue endormie, 1858 .jpg

Gustave Courbet - Nu allongé, c. 1860

Gustave Courbet - Nu allongé, c. 1860

Gustave Courbet - La Femme aux bas blancs, vers 1861

Gustave Courbet - La Femme aux bas blancs, vers 1861

Gustave Courbet - La jeune baigneuse, 1862.

Gustave Courbet - La jeune baigneuse, 1862.

 Gustave Courbet - Femme nue couchée, 1862

Gustave Courbet - Femme nue couchée, 1862

Gustave Courbet - Torse de femme tenant une branche de fleurs, 1863

Gustave Courbet - Torse de femme tenant une branche de fleurs, 1863

Gustave Courbet - Vénus et Psyché, œuvre perdue. Photographie de Robert Jefferson Bingham prise en 1864

Gustave Courbet - Vénus et Psyché, œuvre perdue. Photographie de Robert Jefferson Bingham prise en 1864

 Gustave Courbet - Femme couchée, 1865/1866

Gustave Courbet - Femme couchée, 1865/1866

Gustave Courbet - La jeune baigneuse, 1866

Gustave Courbet - La jeune baigneuse, 1866

Gustave Courbet - le Réveil ou Venus et Psyché, 1866

Gustave Courbet - le Réveil ou Venus et Psyché, 1866

Gustave Courbet - La  Nymphe endormie, 1866 (Variante de la suivante)

Gustave Courbet - La Nymphe endormie, 1866 (Variante de la suivante)

Gustave Courbet - La  Nymphe endormie, 1866

Gustave Courbet - La Nymphe endormie, 1866

Gustave Courbet - La Femme au perroquet, 1866

Gustave Courbet - La Femme au perroquet, 1866

Gustave Courbet - Nu allongé au bord de la mer, 1868

Gustave Courbet - Nu allongé au bord de la mer, 1868

Gustave Courbet - Les Trois Baigneuses, 1868

Gustave Courbet - Les Trois Baigneuses, 1868

 Gustave Courbet - Le_Sommeil dit aussi Les Deux Amies et Paresse et luxure, 1866

Gustave Courbet - Le_Sommeil dit aussi Les Deux Amies et Paresse et luxure, 1866

Gustave Courbet - Le Sommeil (détail), 1868

Gustave Courbet - Le Sommeil (détail), 1868

Gustave Courbet - L'origine du monde, 1866

Gustave Courbet - L'origine du monde, 1866

 Gustave Courbet - Baigneuse, 1866/1868

Gustave Courbet - Baigneuse, 1866/1868

Gustave Courbet - La Source,1868

Gustave Courbet - La Source,1868

 Gustave Courbet - Femme nue au chien, 1868

Gustave Courbet - Femme nue au chien, 1868

Gustave Courbet - La femme à la vague, 1868

Gustave Courbet - La femme à la vague, 1868

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