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Photographies et Peintures

Mercredi 3 juin 2009

                                                                      Nobuyoshi Araki Sans titre 1995

                          

 

 

La photographie représente un nu d’Araki, peintre japonais de la femme japonaise moderne.

Dans un mouvement de grande retenue, d’extrême précision, les bras du modèle, légèrement en retrait du buste et l’encadrant, descendent jusque cette barrière d’étoffe qui fait frontière, ou passage, entre le bas du ventre et les cuisses que l’on devine lisses. Une mousse frisottante de poils bruns dépasse de l’échancrure blanche du vêtement.

Ce mouvement dont je ne sais s’il dévoile ou recouvre ce creux initial du corps n’est pour moi lié à aucune idée de soumission. Il est, dans une écriture infiniment lisible, comme la mise en geste d’une scène intime, secrète et sacrée. Une lumière éclaire la surface de la peau et dessine les contours d’une anatomie montrant un «presque pas de hanche» qui confère à cette architecture corporelle aux épaules massives une troublante masculinité.

Mon regard glisse maintenant le long du buste qui s’enfle avec douceur sous la poussée tendre de deux seins aux pointes sombres. Une ombre mince, projetée en triangle sur le haut du torse, tamise cette zone que semble ne pas voir le photographe.

Le coeur peut battre mais les yeux et la bouche rougie, dans une feinte surprise qui «ferme» le visage, suspendent toute envie de désir. Pourtant je me surprends à guetter sa naissance. Et face à cette chair polie comme une sculpture, qui garde un reste de la froideur du marbre, une sorte de magnétisme érotique surgit, intense.

Le fond est d’un noir sans conviction. On dirait qu’il est peint, comme le suggèrent ces rajouts de lignes figurant une sorte de caisse.

On dirait que l’art d’Araki se joue de la hiérarchie établie entre intensité et détente. Il les additionne, ici, pour construire cette force fragile qui émane du modèle fixé dans cet entre-deux fugace et imperceptible quand le présent devient passé.

Par med médiène
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Lundi 8 juin 2009


 

Les moments réservés à l’intimité féminine ont longtemps capté l’inspiration des peintres. Leurs toiles nous dévoilent ces instants passés au bord des bassins d’eau tiède où les baigneuses dégustaient, avec une gourmandise de bonne tenue, pâtisseries fines « en forme de lèvres », fruits glacés et sorbets. Le café se buvait avec lenteur tout en aspirant d’odorantes fumées par le long et suggestif tuyau du narguilé placé le plus souvent entre leurs jambes écartées. Les peintres se plaisaient à représenter leurs corps riches de cette chair que les nourritures sucrées épaississaient et amollissaient et que les onguents éclaircissaient selon le goût de l’époque. Comme pour le riche parisien ou le Vénitien de l’âge d’or, en Orient, l’épanouissant embonpoint et l’argent en quantité allaient de pair.Parfois, les scènes de bain montraient des groupes de femmes prenant des poses lascives, s’effleurant, se frôlant ou se touchant, ou esquissant un furtif geste de caresse défendue. Perpétuant le mythe de Sapho, de nombreuses histoires circulaient sur l’amour que les femmes de harems portaient parfois à d’autres femmes. Cette manière d’envisager le monde fermé du bain en dit long sur les fantasmes qui travaillaient l’imaginaire du mâle et du peintre au 19èmesiècle. « Tout homme supérieur doit avoir sur les femmes les opinions de l’Orient » fait dire Balzac à l’un de ses personnages. Ce siècle bourgeois, misogyne s’il en est, considérait l’artiste comme un être virilement dominant, expliquant ainsi son obsession à représenter la nudité féminine. Il est vrai que l’histoire de la peinture, du moins jusque cette période, cite peu de noms de femmes peintres.Une indéniable sensualité se dégage de ces tableaux où le désir, comme support cardinal de l’inspiration, suscite dans la chaleur liquide du bain, ces scènes imaginées par une sensibilité exacerbée qui ne pouvait s’accomplir autrement.Ce ventre chaud qu’est le bain turc fonctionne alors dans cette peinture comme s’organise le bordel occidental (Degas, La fête à la patronne - 1876-1877, Picasso Le harem appelé aussi Le bordel - 1905, Clovis Trouille, La danse du ventre au bordel - 1934-1944). A ce propos, Guy de Maupassant, qui effectua plusieurs séjours à Alger, écrit dans Au soleil : « Les gens riches, Arabes ou Français, qui veulent passer une nuit de luxueuse orgie, louent jusqu’à l’aurore le bain maure avec les serviteurs du lieu. Ils boivent et mangent dans l’étuve, et modifient l’usage des divans de repos ».

Je pense à Ingres lorsqu’il décide, à la fin de sa vie, d’entreprendre cet évident testament érotique qu’est Le bain turc (1863). On peut y voir l’ultime hommage du vieux peintre à sa jeunesse lorsqu’il s’exerçait à copier les dessins licencieux de Jules Romain. On peut y voir, plus concrètement, un immense lupanar lesbien.

Ce tondo d’un peu plus d’un mètre de diamètre, sans doute inspiré par une lettre de Lady Montagu écrite d’Andrinople en 1717, concentre sur les femmes de l’Orient, un peu plus que toutes les idées de son temps. Observons le personnage au corps plein, en bas à droite. Il s’agit de Madeleine, la première épouse de l’artiste. Elle nous est présentée de face, alanguie et comme absente, prise comme dans un rêve voluptueux, la bouche entrouverte, rouge et humide, les cuisses et le ventre légèrement tendus vers l’avant, comme en offrande, les yeux et les sens chavirés : elle est l’image même de l’abandon extasié et de l’orgasme mystique qui à la fois humanise la sainte et sanctifie la putain. Elle est la seule, dans cette assemblée de nudités, qui dirige vers nous son regard mourant « de la petite mort » et à laisser voir l’émoi intérieur qui l’inonde. Ses deux immédiates voisines, embrassées peau à peau, la main de l’une pressant délicatement le sein de l’autre, et toutes les baigneuses solitaires qui peuplent la surface circulaire de la toile, paraissent abîmées dans une pensée sans joie et lourde d’on ne sait quelle peine.

 

Lady Montagu par Ingres

Lady Montagu, L’Islam au péril des femmes ; une Anglaise en Turquie au 18ème siècle

Les bains de Sofia

C'est dans une de ces voitures couvertes que je fus au bain vers dix heures du matin. Il était déjà plein de femmes.

La pièce suivante est très vaste, pavée de marbre, et tout autour s'élevaient deux sofas de marbre superposés. Il y avait dans cette pièce quatre fontaines d'eau froide, qui s'écoulaient d'abord dans des bassins de marbre puis sur le sol, dans de petites rigoles faites à cette intention qui conduisaient le courant dans la pièce suivante, un peu plus petite, avec les mêmes sofas de marbre, mais si échauffée par les vapeurs sulfureuses qui s'échappaient des bains contigus qu'il était impossible d'y tenir habillée. Les deux autres dômes correspondaient aux bains chauds. Dans l'un d'eux, il y avait des jets d'eau froide qui s'y écoulaient pour le ramener au degré de chaleur souhaité par les baigneuses.

J'étais en tenue de voyage, un habit d'amazone, et je dus certainement leur apparaître très extraordinaire; pourtant, il n'y en eut aucune pour montrer la moindre surprise ou curiosité impertinente; elles me reçurent avec toute la courtoisie possible. Je ne connais pas de cour européenne où les dames se seraient conduites de façon aussi polie envers une étrangère. Je crois qu'il y avait en tout deux cents femmes, et pourtant il n'y eut aucun de ces sourires dédaigneux ou de ces murmures ironiques qui ne manquent jamais dans nos assemblées lorsque s'y montre quelqu'un qui n'est pas vêtu exactement à la mode. Elles répétaient encore et encore : Gûzel, pek gûzel, ce qui veut simplement dire : « Charmante, très charmante ».

Les premiers sofas étaient couverts de coussins et de riches tapis sur lesquels étaient assises les dames, et sur les deuxièmes, derrière elles, se tenaient leurs esclaves, mais sans aucune distinction de rang dans leurs atours, car toutes étaient dans l'état de nature, c'est-à-dire en bon anglais complètement nues, sans cacher aucun de leurs charmes ou de leurs défauts; pourtant, il n'y avait pas le moindre sourire licencieux ou le moindre geste impudique entre elles. Elles marchaient et se déplaçaient avec la même grâce majestueuse que Milton prête à notre Mère à tous. Beaucoup d'entre elles avaient des proportions aussi harmonieuses que les déesses tracées par le pinceau du Guide ou celui du Titien, la plupart avaient une peau d'une blancheur éclatante. avec pour seul ornement leur magnifique chevelure. divisée en de nombreuses tresses qui pendaient sur leurs épaules, nattées avec des perles ou des rubans, l'image parfaite des Grâces. Je me suis convaincue ici de la vérité d'une réflexion que j'ai souvent faite que, si c'était la mode d'aller nue, on ne ferait guère attention au visage. Je me suis rendu compte que les dames à la peau la plus belle, aux formes les plus délicates, attiraient le plus mon admiration, même si leurs visages étaient parfois moins beaux que ceux de leurs compagnes. A vous dire vrai, j'ai eu assez de malice pour souhaiter secrètement que M. Gervase pût être là invisible. J'imagine qu'il aurait beaucoup perfectionné son art en voyant tant de belles femmes nues en différentes attitudes, les unes conversant, d'autres à leur ouvrage, d’autres buvant du café ou des sorbets, et beaucoup étendues nonchalamment sur des coussins, pendant que leurs esclaves (en général. de jolies filles de dix-sept ou dix-huit ans) étaient occupées à natter leur chevelure de plusieurs jolies manières. En bref, c'est le café des femmes où on raconte toutes les nouvelles de la ville, où on invente les scandales, etc. Elles prennent généralement ce divertissement une fois par semaine; elles y passent au moins quatre ou cinq heures, sans prendre froid lorsqu'elles passent immédiatement du bain chaud dans la pièce froide, ce qui m'a beaucoup surprise.


 



Par med médiène
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Lundi 8 juin 2009

                                                              Caillebotte  Nu allongé sur un sopha, 1880    



Le temps des Vénus est désormais compté. Vient celui de la femme humaine, concrète, commune - avec ses préoccupations esthétiques et son corps parfois de beauté médiocre que le désir pourtant ne déserte pas.

Dans cet ordre d’idée, un des rares nus de Caillebotte, Nu au sofa peint en 1880, représente une jeune femme allongée sur un monumental sofa vert et rouge. Elle vient de se déshabiller, la trace de l’élastique retenant sa jupe jetée sur le dossier du fauteuil marque encore sa taille. La scène se déroule vraisemblablement dans l’atelier de l’artiste et cette femme, dans sa tranquille impudeur, semble nous avouer l’amoureuse relation qui la lie au peintre. La toile est envisagée comme le parcours du regard de l’artiste qui suit les sinuosités sans vénusté du modèle, de la pointe de ses pieds au bras tendrement posé sur son sein, dévoilant, chemin faisant, les jambes un peu grêles, les cuisses et l’abondante toison châtain clair qui buissonne sous le ventre rebondi. Le visage protégé par l’angle que forme son bras gauche reste dans une ombre dont la tonalité est répétée dans celle qui sépare la ligne de son corps de celle du coussin sur lequel il repose. Caillebotte dans cette toile nous livre une scène intime, et dans son souci de réalisme, il ne veut embellir ni son rôle d’amant ni sa partenaire.

 

Par med médiène
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Lundi 8 juin 2009



Bientôt Courbet, Manet, Degas, Cézanne, Matisse, d’autres encore, forceront les portes du bon goût institutionnel et imposeront l’image de la femme de leur temps et de leur monde. Ils peindront des Vénus en appartement, comme des grisettes se lavant accroupies dans un tub ou couchées dans un lit offert par un protecteur argenté. Ainsi de Victorine Meurent, l’Olympia (1863) de Manet, dont les habitués de Pigalle connaissaient la blondeur rousse et la peau de lait. Il faudra attendre très peu de temps pour qu’Olympia, tout en continuant de nous fixer de son regard libre de femme, ce regard émancipé, déplace sa main et nous laisse voir enfin la toison manquante.

Courbet avait représenté dans Les Baigneuses (1853) une femme épaisse et lourde mais paradoxalement gracieuse et légère dans sa démarche. L’originalité de Courbet dans ce tableau tient dans le fait que la femme n’est pas statique. Elle ne pose pas. Il la montre en mouvement, de dos, dans sa plantureuse nudité à peine recouverte par « un linge sur les fesses. » Elle semble s’éloigner du regard du spectateur, comme si elle voulait se défaire de sa condition de femme-objet que lui avait imposée la mâle société du 19ème. L’intention du peintre, dans son refus d’un érotisme facile, prend une allure clairement transgressive par rapport aux nus réalisés par ses contemporains.

Les nus de Courbet parlent sans précaution oratoire de l’une des directions que peut prendre le corps au carrefour des plaisirs inavouables. Ainsi des baudelairiennes Dormeuses (1866), que Degas et Lautrec reprendront à leur compte, Femme au perroquet (1866), La Femme au chien (vers 1868) ou La Femme à la vague (1868), variante personnelle des nombreuses Vénus naissant de la mer qu’Alexandre Cabanel, renouant avec le mythe, « corrigera » en signant sa très orthodoxe Naissance de Vénus (1875).

En 1866, Courbet osera, avec L’Origine du monde, le tableau impossible, la peinture du centre secret de la femme, la source d’où vient le monde. Par cette toile, Courbet résume magistralement l’histoire de l’art et l’histoire de l’homme.

Par med médiène
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Lundi 8 juin 2009

                                        Danaé (1636)

 

Comme Rubens, Rembrandt travaille dans son atelier avec des compagnons et des élèves. Il adopte habilement les canons esthétiques de la Renaissance comme dans Danaé (1636) où il adapte à sa manière l’histoire de cette jeune vierge enfermée par son père dans une chambre de bronze. Le peintre réécrit le mythe et fait intervenir Zeus non sous la forme convenue d’une pluie d’or mais incarné en mortel costumé à la mode hollandaise. Danaé, totalement nue dans son lit aux draps immaculés, au milieu de ce troublant « amas doré d’ombres et d’abandons », fait signe tendrement à cette silhouette humaine. Le jeune Eros, voletant au dessus d’elle, assiste à cette rencontre nappée de désir féminin. Le corps plein et doré de Danaé évoque plus le corps d’une femme comblée ou en attente de l’être qu’une vague et languide héroïne mythologique. La lumière sombre, ou le clair-obscur comme il est dit à propos de la technique de Rembrandt, qui baigne la chambre ouvre à toutes les suppositions liées à la réalisation de l’amour physique. L’atmosphère orientalisée de la scène est accentuée par un éclairage blond qui fait du lit central aussi bien le lieu de la tendresse que celui des ébats

Certains amateurs ont été choqués par l’aspect concret du désir que l’on sent remuer la chair et le sang de cette Danaé humaine, en réalité Saskia van Ulenburg, la femme de Rembrandt.

Suzanne et les vieillards (1647), sujet biblique par excellence, est traité ici par Rembrandt sous la forme d’un drame qu’il décide inévitable. Suzanne à moitié nue, sur le point de se baigner dans le bassin protégé de son jardin, est solidement agrippée par l’un des vieillards qui « veulent coucher avec elle », alors qu’apparaît la barbe blanche du second agresseur. La protestation muette du regard de Suzanne, l’innocente épouse de Joachim, prend à témoin celui du spectateur qui assiste à cette agression.

Hendrickje Stoffels se baignant dans une rivière (1654). La nouvelle compagne de Rembrandt, Hendrickje, dodue jeune personne prêtera ses traits à nombre de ses tableaux. Dans cette toile l’artiste peint sa femme debout dans une longue chemise retroussée jusqu’aux cuisses, nue sous elle, les jambes écartées enfoncées dans l’eau peu profonde d’une rivière. Esquissant un sourire, la tête légèrement penchée en avant, Hendrickje semble nous suggérer qu’elle s’amuse à regarder dans l’onde l’image reflétée de son intimité. Cette scène, originale par son thème, osée par son traitement, place Rembrandt au premier plan des peintres que préoccupe la représentation du sexe de la femme.


Bethsabée avec la lettre du roi David (1654). Là encore, Rembrandt applique sans concession, dans sa pratique de peintre, sa conception de la femme qu’il traite au plus près de la réalité, refusant toute idéalisation. Bethsabée, autre personnage de la Bible, est montrée une lettre à la main, songeuse et comme indifférente au reste du monde. Sa servante lui sèche un pied, tandis que l’opulente splendeur de sa chair éclaire la scène d’une lumière tamisée, propice au rêve. Elle décide sans doute à cet instant d’accepter la relation adultère que lui propose le Roi des rois. Tout le poids de son corps généreux semble la conduire à cette décision. La pose de Bethsabée évoque une sorte de fatalité impossible à éviter : il est dit que sa destinée est de partager la couche de David et que ce ventre peint d’une façon voluptueuse portera son enfant. La sexualité ici est à venir, rien encore n’est consommé, mais elle est subtilement inscrite dans le regard baissé de Bethsabée et dans la manière dont elle offre sa nudité, bientôt fautive, à ce bout de notre regard.

Par med médiène
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Lundi 8 juin 2009

                                                        Hélène Fourment à la fourrure, (vers 1638),

Plus que les autres peintres, Rubens a su saisir dans ses tableaux, par la couleur et le mouvement, le principe énergique de la vie. Il est l’« Homère de la peinture », le peintre flamand des emportements charnels. Sous la peau des femmes rubéniennes, à la nudité magnifiée, circulent et s’agitent les forces d’un sang vif. Rubens, homme du Nord au tempérament d’homme du Sud, peint des femmes à la chair ample que l’on devine souple.

Deux conceptions opposaient, en matière d’art, Rubens, le maître de la couleur et Nicolas Poussin, le maître du dessin. La couleur, la dimension instinctive, sensible et sensuelle de la matière, devait l’emporter sur la dimension intellectuelle symbolisée par le trait précis du dessinateur. « Rubens est l’homme dont descend toute notre école moderne : tous en viennent » (Goncourt). Cette lutte resurgira au 19ème siècle entre Delacroix : « Je n’aime pas la peinture raisonnable » et Ingres : « Le dessin est la probité de l’art. »

Dans Hélène Fourment à la fourrure, (vers 1638), il représente en pied sa femme et modèle, bien campée sur ses cuisses fortes, ses seins posés sur ses bras croisés. La pelisse brune ne suffit pas à la recouvrir entièrement, elle laisse voir des éclats de peau lumineuse que renforce le rouge sang du tapis. Elle nous regarde, fière de sa fraîche jeunesse et du plaisir que procure la vue de sa saine nudité. On peut dire de ce portrait qu’il est une déclaration d’amour du peintre à la compagne de sa vie.

Les trois appétissantes naïades qui forment l’avant plan de l’Arrivée de Marie de Médicis à Marseille (1622-25) figurent, surgissant de la mer écumeuse dans un mouvement tournant, l’accueil plein d’allégresse réservé à la délégation royale.

D’autres femmes, dans d’autres scènes, comme dans La fête de Vénus (1635), montrent, dans le tumulte des fêtes, la contorsion de leurs corps et l’envie joyeuse de s’offrir au premier satyre venu. Un délire amoureux à l’exubérance déchaînée apparente cette scène à une immense orgie où s’entremêlent tous les éléments de la nature. On sent chez Rubens un irrépressible désir de vie qu’excitent la musique et les coupes de vin bues à grandes goulées heureuses.

Par med médiène
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Lundi 8 juin 2009

                                                                       La Vénus d’Urbino

 

Reprenant la grâce tendre de la Vénus de Giorgione, La Vénus d’Urbino, « la donna nuda », est une commande de Guidobaldo della Rovere, un influent patricien italien. La jeune femme au bouquet de roses, sans doute le portrait de la maîtresse du prince, repose allongée sur un lit, la main posée sur son sexe, le désignant plus que le dissimulant. Sa sensualité rayonnante, que souligne son regard insistant, est mise en valeur par la tenture sombre qui fait ressortir ses seins pommelés et fermes - du ventre légèrement arrondi à sa tête penchée avec coquetterie. Deux servantes au fond de la pièce rangent du linge. Nous ne sommes manifestement pas conviés à admirer une Vénus mythologique : cette beauté s’apparente plus à une courtisane de haut rang qu’à une divinité, fût-elle la fabuleuse mère de l’amour.

Titien abordera d’autres moments de la vie de la femme : pendant sa toilette ou goûtant un morceau de musique. Dans Vénus à sa toilette (1555), l’ivoire chaud du corps est placé dans l’écrin rouge d’un manteau frangé du brun fauve de la fourrure. Le miroir renvoie l’image que nous regardons, proposant ainsi deux points de vue d’un même visage. Titien, ici, offre à notre jugement son idéal féminin, opulent et séduisant, que l’on sent traversé dans ce tableau à la fois par la morale, la sensualité et cette pointe d’érotisme que le peintre mêle au sentiment de l’amour.

Vénus avec Cupidon et un organiste décline la nudité épanouie de la déesse mollement étendue sur un lit défait. Elle semble écouter les conseils d’un Cupidon égrillard. Le musicien, délaissant l’instrument dont il joue, se tourne vers l’appétissante auditrice et darde son regard de façon explicite vers l’objet invisible de son désir. A ce sexe inmontrable, la grammaire maniériste substitue la bouche rouge aux lèvres entrouvertes, langue palpitante, d’une Vénus mise en jouissance par un caressant Cupidon (Allégorie de l’Amour de Bronzino, vers 1540).

Danaé, l’un des sujets mythologiques les plus ouvertement érotiques, est traité par Titien de manière non équivoque. Danaé, les cuisses ouvertes, s’abandonne « à la vie profonde des sens » en se donnant à Zeus, son irrésistible séducteur, qui coule en elle sous la forme d’une pluie d’or.

Le concert champêtre (vers 1509), l’un des tableaux de Titien les plus copiés, rassemble un groupe de personnes qui organisent un concert. Deux femmes nues occupent une importante place dans la toile. L’une, debout, puise de l’eau en un mouvement dansant, l’autre est assise tenant une flûte entre ses mains. La carnation claire de leurs corps à peine voilés s’oppose au chatoiement des costumes de leurs compagnons. Une paix légère se dégage de cette scène où la nature met en relief la peau moirée de la femme au premier plan. Titien joue ici sur l’effet produit par la juxtaposition du corps nu et du corps vêtu que Manet, plus tard, reprendra.

 

                                                                       

                                                                                         Vénus

 

Par med médiène
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Lundi 8 juin 2009

                                                                                 Tépidarium (1853)

 

Dans le Tépidarium (1853) de Chassériau, qui fut l’un des élèves préférés d’Ingres,on peut reconnaître la maîtresse et le modèle du peintre, Alice Ozy, incarnant plusieurs personnages de femmes, nues ou en « drapé mouillé » inspiré de la statuaire grecque. Elle est aussi la resplendissante beauté d’Un bain au sérail (1849) que Chassériau, amoureusement, ne craint pas de peindre debout, les bras croisés sur sa poitrine, montrant « les parties basses » de son anatomie et le dessin précis de son pubis bombé et légèrement ombré. Elle est encore, changeant de registre, la troublante Baigneuse endormie près d’une source (1850) dont les bras passés autour de sa tête découvrent, fait rare pour une toile exposée au Salon, le brun frisottis de ses aisselles. Par son sommeil feint, cette baigneuse, identifiable, nous permet de découvrir son corps comme on découvrirait une terre à prendre. Et ce corps, nommé pour ainsi dire, dans sa solidité charnelle et sa puissance tactile, abolit le décor naturel qui l’encadre.

                                                  Baigneuse endormie près d’une source (1850

Par med médiène
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Mardi 9 juin 2009

 

 

L’art, dès son commencement, a majoritairement investi le domaine du merveilleux entretenant avec les religions une relation faite d’orages et de suspicion. Les dogmes se sont toujours défiés des productions artistiques qui suggéraient ou donnaient à voir l’homme et la femme sous l’emprise du travail animal des sens. En Occident, par exemple, où la peinture a trouvé sa patrie, l’Eglise attendait des artistes une peinture édifiante mettant en images les scènes moralisantes avec, comme figures de proue, le Christ, la Vierge et la longue liste des Saintes. Acceptée en apparence par les peintres, cette exigence connut, fondant le principe de l’art par essence rebelle, d’heureux et nombreux écarts. Ainsi la troublante Vierge à l’Enfant (1450) de Jean Fouquet dont le sein jaillissant du corsage délacé semble gonflé d’une sève qui n’est pas que du lait. Cette Vierge, on le sait, emprunte les traits de la terrestre et sensuelle Agnès Sorel, la dame de beauté, maîtresse du roi Henri VII. Cet exemple montre assez bien que, de toute éternité de l’art, le peintre, en fouillant entre ciel et sexe, ne fouille, dans la secrète dissidence de la création,  que ses propres désirs.

Par med médiène
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Mardi 9 juin 2009

                                                     Naissance de Vénus de Botticelli, vers 1486)

 

L’âge de l’innocence, le paradis perdu, reste la nostalgie primordiale de l’imaginaire occidental. Séduits, et peut être solidaires, de l’audacieuse infraction à l’ordre divin de la première pécheresse et hantés par la faute qui révélait au premier homme la douceur de l’amour charnel, les peintres n’ont cessé de montrer cette femme à la magnétique beauté et, plus clairement, la beauté du péché. Car le péché, disaient les moralistes, est la Femme, cette Eve près de laquelle rôde toujours le serpent de la tentation. Ce refus des plaisirs de la chair, et plus généralement le mépris du corps, répété inlassablement, eut pour conséquence un étrange résultat. Les bains publics, alors nombreux et souvent mixtes, disparurent de l’Europe chrétienne tandis qu’ils se maintenaient dans l’Empire Ottoman. Il faudra attendre le 19ème siècle et la politique hygiéniste des gouvernants pour que le bain redevienne une nécessité sociale.

 

                                                                                Bains publics

 

Reprenant la femme à Dieu, les peintres puiseront dans ce vaste champ d’amour qu’est la mythologie les ressorts thématiques pour exprimer leur désir d’elle et se l’approprier. Le corps fut alors représenté dans une beauté d’autant plus trouble qu’il était expurgé des signes qui caractérisaient sa  sexualité. S’appropriant les nouvelles connaissances en matière d’anatomie et les couplant à la représentation du corps héritée des Anciens, la peinture érigera Vénus (La Naissance de Vénus de Botticelli, vers 1486) ou Apollon en modèles parfaits. Et seuls, moralement parlant, recevables. Rappelons que dans la statuaire grecque l’homme était plus représenté que la femme et que cette dernière se sculptait sans son sexe. Une sorte de territoire vide en tenait lieu.

 

Sous l’impulsion de la Renaissance, qui éveillait alors un immense appétit de connaissances, l’art pictural français se transforme. On redécouvre les textes d’Ovide ou de l’Arétin, plus lestes, et l’on est charmé par les lutineries d’un Ronsard friand de mignonnes. Les artistes Italiens, invités par François 1er à Fontainebleau, imposèrent leur vision de la peinture et influencèrent la majeure partie des peintres bellifontains. A la suite de Rosso et du Primatice, ils adoptent le maniérisme. Cette nouvelle manière de peindre se distinguait par le brio d’une exécution – couleurs et dessin – qui soulignait, dans le corps féminin, l’affecté ou le gracieux. La femme, Vénus ou simple mortelle, y était dotée d’une excitante préciosité saturée d’érotisme. Le délicat, le compliqué, le luxe, le désir amoureux, dont la Dame à sa toilette (1570) de François Clouet ou Gabrielle d’Estrées et sa sœur (vers 1595) constituent les exemplaires illustrations, commandèrent les rapports sociaux et sentimentaux de l’élite. L’Ecole de Fontainebleau contribua ainsi à « donner un visage à l’art français ». Le goût pour l’érotisme, associé à celui de l’eau et de la chasse, inspira les multiples Diane, dont la célèbre Diane chasseresse (vers 1550). Au même moment Jean Cousin réalisait l’attirante et terrifiante Eva Prima Pandora (vers 1550).

 

 

                                                           Eva Prima Pandora (vers 1550).

 

 

                                                            Ecole de Fontainebleau, 1590

 

Par med médiène
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