La maja desnude
L’essor de la photographie joue un rôle déterminant dans ce passage à l’acte qui consiste à débarrasser le nu de sa robe de chair. La photographie, par sa faculté mécanique de reproduire la
réalité, facilitera le travail documentaire des peintres dans ce transfert de la femme dans une image. En refusant le nu improbable de la peinture traditionnelle et en inventant, picturalement
parlant, le
La Sultane
déshabillé (qui montre ce qu’il dissimule, qui dit ce qu’il tait comme dans La Sultane de Manet, 1871) ou
le déshabillage (Rolla de Henri Gervex), ces peintres, en
s’inspirant du courant
orientaliste, représenteront
la femme moderne avec son regard direct, ses accidents de formes, ses plis et ses poils pubiens - la toison jusque là manquante que Goya restitue partiellement à la Maja Desnuda (1800)
et que Gustave Courbet exhibe complètement dans L’Origine du monde (1866). Une œuvre nous paraît pourtant devancer celles dont il vient d’être question et qui marque la transformation
des divinités de l’Olympe en femmes de chair. La Vénus au miroir (1650) de Vélasquez, « la première déesse devenue femme » selon André Malraux, où le peintre réussit à saisir
la sensualité palpitante de son modèle.
La Vénus au miroir