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Dimanche 14 juin 2009

                                                           Le hammam, Anonyme XIXème siècce

 

 

Le hammam, appelé aussi bain maure ou bain turc, réplique orientale des thermes romains, était l’un des sujets favoris des peintres orientalistes, parce qu’il leur permettait, comme pour la peinture traditionnelle, de justifier la nudité des femmes et les amenait, s’agissant de scènes orientales, à toutes sortes d’audaces tant plastiques que sensuelles.

Les grandes salles sombres, surchauffées, humides, au sol glissant nécessitant pour se déplacer des socques de bois (les chopines vénitiennes), recevaient en toute simplicité - d’appareil et de rang - maîtresses blanches et servantes noires, les unes nues, les autres recouvertes d’un drap. Les femmes allaient régulièrement dans ces bains aussi bien pour le plaisir que pour la santé. Principal lieu de socialisation échappant à la présence masculine, le bain offrait aux femmes la possibilité de se retrouver entre elles. Dans la vapeur parfumée aux multiples essences des étuves - de l’encens, de la myrrhe, du santal, de l’ambre brûlaient dans de petits fourneaux rappelant l’union de l’eau et du feu des anciennes croyances -, nul artifice n’était possible. La vérité sans voile du corps s’imposait dans une proximité exempte de gêne, favorisant les confidences, les secrets de femmes, tout ce qui peut se dire de la nuit, de l’homme et de l’alcôve. Tout en s’adonnant aux plaisirs des jeux que l’eau inspire - une eau toujours courante, toujours renouvelée, toujours bruissante - elles prenaient soin de leur premier capital, leur beauté, gage de leur unique et fragile pouvoir, grâce aux conseils de celles qui s’en souvenaient. Le rituel du bain est parfois dépeint avec une précision d’ethnographe comme dans les scènes de hammam de Jean-Léon Gérôme : le massage qui détend et assouplit, le savonnage qui lave, les ablutions qui purifient et l’épilation à la cire qui donne au corps cette netteté et ce lisse supposés être, pour l’homme, l’acmé de la perfection. Cette dernière pratique, largement répandue dans le monde des femmes d’Orient, semble avoir beaucoup impressionné certains écrivains. Victor Hugo, grand pourvoyeur d’images (Les Orientales, 1829) et expert en matière de femmes, note - constate ? - dans Choses vues : « Les femmes en Orient s’épilent absolument. » Alexandre Dumas, dans un style où la verve amusée du feuilletoniste domine, relate ainsi cette délicate et, à ses yeux, excentrique habitude : « Quant à l’épilation, elle se fait tous les mois à l’aide d’une pommade que les femmes mauresques composent elles-mêmes, et dans laquelle entrent à grande dose l’orpiment et le savon noir. Lorsque le jour de cette opération est venu, elles se frottent avec cette pommade et se mettent au bain ; au bout d’une minute le spécifique a opéré, et le poil tombe au simple toucher. Tant que les femmes maures ou arabes sont jeunes et belles, cette excentricité leur sied à merveille, en leur donnant l’apparence de statues de marbre antique. » (Le Véloce, 1846)

Dans le hammam où se côtoyaient vierges et femmes mariées, les matrones établissaient des contacts pour préparer des mariages et repéraient, de leur œil exercé, parmi les jeunes baigneuses celle qui sera destinée à tel jeune homme que ses parents souhaitaient marier. Vérifications et tractations occupaient cette société de vieilles gens et l’échange d’informations, favorisé par l’impossibilité matérielle de toute tromperie, se déroulait dans le bruit rassurant de l’eau remuée. La vérité se révélait dans la nudité des prétendantes évaluées par les marieuses aux seins ballants. Les peaux étaient inspectées et la souplesse du corps constatée. Les flancs et le bassin, qu’il fallait avoir large, étaient particulièrement observés car ils indiquaient la capacité des multiples maternités sans quoi une femme, en Orient, ne pourrait être considérée comme femme.

Le cérémonial du bain de la future mariée ne variait guère. Il consistait à passer sur tout le corps un gant rêche qui étrillait la peau et, sous l’action du savon noir et de l’eau, procurait à la peau luisance et douceur. Les effets de lumière sur cette surface nette et mouillée ont été, je l’ai dit, parfaitement rendus par un peintre comme Gérôme.

L’un des préceptes du Coran, pour que la femme soit purifiée et conforme à la conception musulmane de l’hygiène, recommande l’épilation du pubis de telle sorte que les poils ne dépassent pas « la longueur d’un grain d’orge. » La pâte qui servait à cette manipulation était de composition moins fantaisiste que celle décrite par Alexandre Dumas. Elle était faite à base d’arsenic ou de caramel au citron. Un cataplasme préparé avec du henné, cette poudre miraculeuse obtenue grâce à « la plante du paradis », de l’eau de rose et de l’ambre, apposé sur la zone épilée, avait le don d’apaiser l’irritation occasionnée par l’opération. Au milieu des encouragements et des rires de ses compagnes, la future épousée recevait, chuchotée, l’initiation verbale de la doyenne des matrones. Elle s’entendait dire la façon dont elle devait se donner, pudeur oubliée, comme femme et comme amante à l’homme qui allait partager sa couche et peut-être sa vie entière. Elle écoutait, énervée et ravie, la description de sa nuit où, lui disait-on, à la douleur mêlée au plaisir de la première fois succéderait le plaisir dans le plaisir recommencé. Les sens éveillés, puis comblés, contentant et l’épouse et l’époux dans l’espace clôt du lit, seront la preuve de la réussite nuptiale. S’affairant toujours autour d’elle, les femmes, continuant leur babil instructif, peaufinaient les ultimes préparatifs. Au-dessus du sexe nu, visible maintenant avec ses lèvres fermées, on tatouait, en la piquant d’une aiguille noircie, un léger triangle qui deviendra bleu. Ce symbole indélébile devait accroître la puissance fécondante de l’amant. Une chanson d’amour, une chanson de femmes, fredonnée à propos, comparait cette ouverture nouvelle au fruit du désert, la datte oblongue à la chair ambrée, presque translucide, qui fond dans la bouche comme un sucre et dont on peut, si on désire prolonger son souvenir, agacer le noyau avec sa langue. Puis on appliquait le henné roux sur ses mains et ses pieds, on y dessinait des formes belles pour plaire à celui qui les caresserait. On s’occupait ensuite des paupières que l’on teintait de khôl qui rend plus blanc le blanc des yeux, les fait briller, et les préserve. On lui donnait enfin à mâcher du souak qui parfume l’haleine et renforce la nuance rosée les gencives, faisant ressortir l’émail éclatant des dents. Dans les you you joyeux d’une assistance excitée par l’image que chacune se faisait de cette nuit sacrée, la mariée était parfumée, habillée de ses plus belles robes. Une ceinture, symbole d’ouverture et de fermeture, les serrait à la taille, au-dessus des cuisses qu’aucun sous vêtement n’emprisonnait.

La jeune fille émue et fière, sentant entre ses deux seins gonflés le talisman que sa mère avait placé, pouvait aller désormais au devant de sa vie de femme.

Le mariage, après la première nuit où le drap blanc taché du rouge de l’hymen déchiré était montré, devait indispensablement aboutir, sous peine de répudiation, à l’enfantement, à la mise au monde d’un petit mâle continuateur de la lignée du père.

 

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Vendredi 12 juin 2009

 

Parce que les ports sont aussi des portes, Venise au 16ème siècle est à la fois ville marchande et République prospère où se croisent les mondes du monde. Les fréquents et fructueux frottements des cultures stimulent l’esprit et aiguisent la sensibilité. L’activité commerciale favorise ce mélange d’individus, d’idiomes, de costumes, de couleurs, procurant un irrépressible goût de d’Orient, cet en deçà de la mer où le soleil se lève.

La sérénissime cité des Doges, tolérante et généreuse plus que toute autre, ouverte aux plaisirs, traite avec égard les courtisanes qui accourent de l’Europe entière, transportant avec elles leur manière d’aimer. On a dit qu’elles représentaient, au plus haut de la gloire de la ville, le dixième de la population féminine. On a dit aussi que par coquetterie elles s’amusaient parfois à se déguiser en hommes et que dans les grandes occasions elles aimaient à teindre de rouge la pointe de leurs seins.

Les fêtes accueillent les belles Italiennes, femmes légitimes ou entretenues. Le blond particulier de leurs chevelures ajoute un surcroît de lumière au luxe des palais prétoriens. Ces femmes, raconte un chroniqueur du temps, avaient su défaire de leur rudesse les hommes un peu frustes qui les fréquentaient.

Avec la richesse, le souci du luxe et du beau s’enracine. La Vénitienne de haut rang se reconnaît, outre la blondeur de ses cheveux, à la blancheur laiteuse de sa peau. Elégante et spirituelle, elle s’incarne dans le superbe accord de la chair lumineuse des Vénus de Titien. Parfois à son insu, la peinture de ce temps exprime la femme dans sa rutilance, dans ses interdits et dans sa nécessité amoureuse. Une splendeur païenne émane de ces femmes étendues, avant l’amour ou après le bain. Car c’est dans la Venise du 16ème siècle, le siècle flamboyant de Giorgione et de Titien, que naît le nu féminin couché.

 

Plus au nord, avec cette énergie industrieuse reconnue à Amsterdam et à Anvers, les dépenses en soins domestiques et esthétiques rivalisent avec celles de la cité des Doges. Les peintres de talent sont recherchés, courtisés, généreusement payés. L’argent circule dans ces ports comme les marchandises et l’eau de leurs canaux. L’or et les perles, les fourrures et les velours, les soies et les satins concourent au plaisir des yeux qui fait naître le désir dans les corps et que l’austère religion calviniste ne parvient pas à comprimer.

Les navires chargés d’épices et de bijoux en déchargeant sur les quais leurs odorantes cargaisons agaçent les sens d’une société curieuse, et peut-être jalouse, des raffinements que les voyageurs prêtaient dans leurs récits à la vie orientale.

 

 

                                                                              Titien Flora

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Mercredi 10 juin 2009
 

                                                                              La maja desnude

 

L’essor de la photographie joue un rôle déterminant dans ce passage à l’acte qui consiste à débarrasser le nu de sa robe de chair. La photographie, par sa faculté mécanique de reproduire la réalité, facilitera le travail documentaire des peintres dans ce transfert de la femme dans une image. En refusant le nu improbable de la peinture traditionnelle et en inventant, picturalement parlant, le                                                                                  La Sultane

déshabillé (qui montre ce qu’il dissimule, qui dit ce qu’il tait comme dans La Sultane de Manet, 1871) ou le déshabillage (Rolla de Henri Gervex), ces peintres, en s’inspirant du courant orientaliste, représenteront  la femme moderne avec son regard direct, ses accidents de formes, ses plis et ses poils pubiens - la toison jusque là manquante que Goya restitue partiellement à la Maja Desnuda (1800) et que Gustave Courbet exhibe complètement dans L’Origine du monde (1866). Une œuvre nous paraît pourtant devancer celles dont il vient d’être question et qui marque la transformation des divinités de l’Olympe en femmes de chair. La Vénus au miroir (1650) de Vélasquez, « la première déesse devenue femme » selon André Malraux, où le peintre réussit à saisir la sensualité palpitante de son modèle.

 

                                                                      La Vénus au miroir

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Mercredi 10 juin 2009

                                                               La toilette (1717-1718)

 

La quête du plaisir est l'une des marques du 18ème siècle. Les romans de cette époque attestent de cette liberté sexuelle qu’aucun préjugé moral ne semblait entraver. Objet de toutes les convoitises, convoitant elle-même, la femme est montrée sans fausse pudeur, dans l’élégance enjouée qui marque cette période. Watteau, Boucher et Fragonard ont exprimé avec tact les contours de cette galanterie toute française. Prenons Watteau comme guide. Dans La toilette (1717-1718) le bonheur des sens est célébré avec joie. L’œil est invité à se délecter du nu voluptueux qui s’offre à lui dans le mouvement souple de cette femme qu’une domestique aide à se déshabiller. Le prétexte mythologique n’est plus invoqué ici. Watteau, l’homme et le peintre, affiche clairement sa complicité avec le modèle, dans cette chambre et ce lit qui l’accueillent. Nous assistons à un moment intime de la vie d’une jeune femme, un de ces engageants préparatifs que confirme, sans ambiguïté, le coquillage  (Naissance de l'Amour?) surmonté d’un putto complice placé au-dessus d’elle.

 

 

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Mardi 9 juin 2009

                                                                          




Intérieur grec (1850) de Jean Léon Gérôme met en scène, dans un décor pseudo-grec, un groupe de quatre jeunes femmes qui viennent de se dévêtir et attendent, sûrement impatientes, l’arrivée de leurs partenaires. L’atmosphère du tableau évoque plus, dans sa narration, une de ces « maisons spéciales » consacrées aux jeux de l’amour que l’intérieur d’un honnête et paisible gynécée d’un quartier d’Athènes.

Après son premier voyage en Egypte en 1856, Gérôme s’écartera de sa période antiquisante et versera dans un orientalisme plus conforme à l’air du temps. A chacun de ses séjours, il rapportera quantité d’études et de notes qui seront exploitées dans son atelier parisien. Il sillonnera les pays de l’est de la méditerranée, « les débris de l’Empire ottoman », comme l’aurait fait un reporter ou un ethnographe attentif aux lieux visités et aux populations rencontrées. Etonnament, Théophile Gautier saluera cette scrupuleuse recherche de l’exactitude manifestée par le peintre qu’il comparera aux prestigieux devanciers qu’étaient Adrien Dauzats, Prosper Marhilat et celui que les Goncourt plaçaient au dessus de tous, Alexandre Decamps (« Decamps, le soleil. Decamps, l’Orient ! »).

A la chute du Second Empire, Gérôme réfugié à Londres, entame une série de tableaux consacrée aux hammams (Bain maure, 1870), comme s’il avait fait sienne l’obsession d’Ingres pour les nus féminins placés dans un milieu baigné de vapeur et d’eau. Il fera évoluer les nuances chromatiques des peaux en sueur mises en valeur par des pénombres rayées de traits de lumière et il saura restituer l’attitude particulière des corps déshabillés dans leurs gestes intimes attachés à la toilette ou au repos. Dans certains de ces tableaux (Grande Piscine de Brousse, 1885), la dimension érotique et l’aspect trouble de l’orientation sexuelle de ses baigneuses demeure prégnante comme chez Ingres (Le Bain turc) ou Chassériau (Le Tépidarium). Mais l’art de Gérôme s’infléchira à la fin de sa vie et flattera le goût d’un public plus désireux de rêver que d’apprendre. Certaines des Odalisques de cette dernière série réunissent toutes les séductions et toutes les corruptions d’un Orient de plus en plus déprécié. En littérature, ce même rejet est décrit comme dans Manette Salomon des frères Goncourt.

Gérôme peindra un certain nombre de toiles représentant les marchés aux esclaves du Caire ou de Constantinople dans lesquelles il juxtaposera le costume imposant et coloré des riches acheteurs à la nudité pathétique, et donc excitante, de la marchandise humaine exposée en plein air.

 

 

 

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Mardi 9 juin 2009
                                                                                 Odalisque à l'esclave, Ingres

 

                                                                  La grande odalisque, Ingres

 

Les Odalisques s’apparentaient par leur corps nacré et glabre aux déesses classiques (le poil pubien était proscrit en peinture, le nu doté de sa pilosité était rangé dans le genre pornographique), mais elles s’en séparaient fondamentalement par leur nature. Ces Odalisques vivaient dans les harems d’Istanbul, du Caire ou d’Alger. Leurs yeux silencieux, lorsqu’ils rencontrent les nôtres, sont des yeux de désir, directs et fragiles, où l’on peut lire, comme dans un livre, la nécessité des bonheurs terrestres. « Nous sommes créées pour les donner » semblent-elles dire. Ce regard sérieux, on peut l’apercevoir, par exemple, dans La Grande Odalisque (1814) d’Ingres. Les peintres, lorsqu’ils s’attaquent au sujet oriental, n’ont plus besoin de l’alibi mythologique pour représenter des nus. L’Orient, par son éloignement géographique, culturel mais aussi temporel, par sa différence civilisationnelle, faisait que les œuvres qui s’en inspiraient n’entraient pas dans les catégories établies par la censure. Parlant d’un autre monde elles pouvaient être vues. Balzac, dans La Fille aux yeux d’or (1835), n’hésite pas à situer son intrigue en plein cœur de Paris, dans un hôtel particulier qu’une lesbienne Anglaise, femme du monde jalouse, transforme en une sorte de harem pour aimer, puis tuer à coups de poignard, "à la sultane", son infidèle et trop belle maîtresse, l’exotique Paquita Valdès. L’écrivain, qui connaissait bien le travail de Delacroix avoue s’être inspiré dans ses pages des couleurs et des décors de l’œuvre orientaliste du peintre.

La peinture de Delacroix a marqué son temps. Romantiquement fasciné par l’Orient, il s’embarque en hiver 1832, « par la plus froide des nuits de décembre », pour un voyage de six mois au Maroc et en Algérie (Femmes d’Alger dans leur appartement, 1834.) Les Odalisques qu’il peint avant et après ce voyage n’auront pas la même facture. Son Odalisque allongée sur un divan (vers 1828) intrigue par l’expression qu’il prête au modèle. On ne sait si elle cède à un pur plaisir physique où si elle est en proie à une souffrance morale. Allongée sur le dos dans une pièce à l’ameublement sommaire, baignant dans cette semi clarté chère aux Orientaux, elle fixe ses yeux noirs sur nous.

 

                                                       Odalisque allongée sur un divan

 

Son corps aux jambes légèrement écartées dessine une torsion du bassin qui imprime à ses chairs une densité et une matérialité presque palpable. La tenture bleue du fond fait de sa peau ocrée une nappe chaude qui attise le désir. Plus tard, en 1847, Delacroix expose Une Odalisque. Dès le titre, le peintre précise son intention de représenter une femme dans sa singularité. Cette femme au regard indifférent ne veut pas séduire. Elle regarde simplement. Et l’attitude de son corps ne présente aucune équivoque. L’impression de force qu’il dégage provient sans doute de cette gratuité de la pose, de cette absence de désir qui contredit l’idée que se faisaient les contemporains du peintre sur la permanente disponibilité sexuelle des Odalisques.

 

                                                                                    Odalisque

 

                                                                                  Odalisque

 

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Mardi 9 juin 2009

- Savez-vous où cela se déroule?

- Non

- Dans un harem

- Qu'est-ce cela?

- Un bordel

 Echange entre Saliéri et deux chanteurs d'opéra dans Amadeus de Milos Forman

 

 

 

 

 

                                                                     L'esclave blanche

 

 

Ainsi, au 19ème siècle, en France, tout un courant de la peinture s’est attaché à montrer le monde fascinant et inquiétant prêté à cet Orient que l’Occident s’était mis en tête de conquérir. Dans son volet lié au rituel amoureux, ce courant donnait à voir des palais aux murs aveugles que des maris jaloux faisaient bâtir pour leurs belles Odalisques. L’extérieur se présentait souvent comme une citadelle à la façade sans charme, l’intérieur comme une prison que le seigneur, comme tous ces « grands artistes du chez soi » que seraient les Orientaux, aurait su transformer en « lieux de délices ». Demeures closes où le temps semblait arrêté, où la lumière, filtrée par les moucharabieh, blondissait l’atmosphère et où seul le bruit frotté d’un pas indiquait le passage d’une ombre. Delacroix a su transcrire magnifiquement, dans ses tableaux orientalistes, cette variante méditerranéenne du clair-obscur nordique. Les fenêtres grillagées de ces appartements permettaient aux femmes de regarder, sans êtres vues, le monde du dehors. Fromentin, fin observateur de la société orientale, remarque dans Une année dans le Sahel : « Le charme de la vie arabe se compose invariablement de ces deux contrastes : un nid sombre entouré de lumière, un endroit clos d’où la vue peut s’étendre, un séjour étroit avec le plaisir de respirer l’air du large et de regarder loin. »

  Pour se reposer du repos, ces femmes, dont l’existence n’était « jamais autre chose qu’une enfance », montaient l’après midi sur les hautes terrasses pour y rejoindre la société des autres recluses. La vie s’écoulait dans ces palais, moelleuse et lente, dans le luxe des tapis et des étoffes aux couleurs savamment mêlées, le doux murmure des fontaines et celui, dans l’arabesque des rigoles creusées à même le marbre, des filets d’eau claire qui rafraîchissaient les plantes du jardin, les massifs de fleurs, la vigne vierge, le chèvrefeuille, les orangers, le jasmin blanc et le jasmin jaune. On pourrait dire de ces habiles jardiniers qu’ils étaient les poètes de l’eau, les architectes du plaisir des yeux qui prépare, pour les amoureux, le plaisir du corps. Cette germination du désir se devinait inscrite dans les frissons de l’air que le continuel ruissellement de l’eau rappelait.

Ainsi, l’alliance de la femme et de l’eau, leur complémentarité primordiale symbolisée par Vénus naissant de la mer, la mythologie l’inventait, l’Orient la vivait et les peintres la montraient.

 On imagine, à regarder les tableaux consacrés à cet univers merveilleux, les parfums et le silence musical qui berçaient ces femmes indolentes formées pour donner et recevoir la volupté. En ces temps de grande pruderie bourgeoise, on se plaisait à croire que les Orientales étaient des femmes soumises, et savantes dans l’art d’aimer. Les peintres ajoutaient, pour brider cette science redoutable, des eunuques noirs qui surveillaient ces jeunes splendeurs inemployées que l’ennui risquait de mener à de fatales inconduites.

 

                                                                          Odalisque, 1874

 

 

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Mardi 9 juin 2009

                                                     Naissance de Vénus de Botticelli, vers 1486)

 

L’âge de l’innocence, le paradis perdu, reste la nostalgie primordiale de l’imaginaire occidental. Séduits, et peut être solidaires, de l’audacieuse infraction à l’ordre divin de la première pécheresse et hantés par la faute qui révélait au premier homme la douceur de l’amour charnel, les peintres n’ont cessé de montrer cette femme à la magnétique beauté et, plus clairement, la beauté du péché. Car le péché, disaient les moralistes, est la Femme, cette Eve près de laquelle rôde toujours le serpent de la tentation. Ce refus des plaisirs de la chair, et plus généralement le mépris du corps, répété inlassablement, eut pour conséquence un étrange résultat. Les bains publics, alors nombreux et souvent mixtes, disparurent de l’Europe chrétienne tandis qu’ils se maintenaient dans l’Empire Ottoman. Il faudra attendre le 19ème siècle et la politique hygiéniste des gouvernants pour que le bain redevienne une nécessité sociale.

 

                                                                                Bains publics

 

Reprenant la femme à Dieu, les peintres puiseront dans ce vaste champ d’amour qu’est la mythologie les ressorts thématiques pour exprimer leur désir d’elle et se l’approprier. Le corps fut alors représenté dans une beauté d’autant plus trouble qu’il était expurgé des signes qui caractérisaient sa  sexualité. S’appropriant les nouvelles connaissances en matière d’anatomie et les couplant à la représentation du corps héritée des Anciens, la peinture érigera Vénus (La Naissance de Vénus de Botticelli, vers 1486) ou Apollon en modèles parfaits. Et seuls, moralement parlant, recevables. Rappelons que dans la statuaire grecque l’homme était plus représenté que la femme et que cette dernière se sculptait sans son sexe. Une sorte de territoire vide en tenait lieu.

 

Sous l’impulsion de la Renaissance, qui éveillait alors un immense appétit de connaissances, l’art pictural français se transforme. On redécouvre les textes d’Ovide ou de l’Arétin, plus lestes, et l’on est charmé par les lutineries d’un Ronsard friand de mignonnes. Les artistes Italiens, invités par François 1er à Fontainebleau, imposèrent leur vision de la peinture et influencèrent la majeure partie des peintres bellifontains. A la suite de Rosso et du Primatice, ils adoptent le maniérisme. Cette nouvelle manière de peindre se distinguait par le brio d’une exécution – couleurs et dessin – qui soulignait, dans le corps féminin, l’affecté ou le gracieux. La femme, Vénus ou simple mortelle, y était dotée d’une excitante préciosité saturée d’érotisme. Le délicat, le compliqué, le luxe, le désir amoureux, dont la Dame à sa toilette (1570) de François Clouet ou Gabrielle d’Estrées et sa sœur (vers 1595) constituent les exemplaires illustrations, commandèrent les rapports sociaux et sentimentaux de l’élite. L’Ecole de Fontainebleau contribua ainsi à « donner un visage à l’art français ». Le goût pour l’érotisme, associé à celui de l’eau et de la chasse, inspira les multiples Diane, dont la célèbre Diane chasseresse (vers 1550). Au même moment Jean Cousin réalisait l’attirante et terrifiante Eva Prima Pandora (vers 1550).

 

 

                                                           Eva Prima Pandora (vers 1550).

 

 

                                                            Ecole de Fontainebleau, 1590

 

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Mardi 9 juin 2009

 

 

L’art, dès son commencement, a majoritairement investi le domaine du merveilleux entretenant avec les religions une relation faite d’orages et de suspicion. Les dogmes se sont toujours défiés des productions artistiques qui suggéraient ou donnaient à voir l’homme et la femme sous l’emprise du travail animal des sens. En Occident, par exemple, où la peinture a trouvé sa patrie, l’Eglise attendait des artistes une peinture édifiante mettant en images les scènes moralisantes avec, comme figures de proue, le Christ, la Vierge et la longue liste des Saintes. Acceptée en apparence par les peintres, cette exigence connut, fondant le principe de l’art par essence rebelle, d’heureux et nombreux écarts. Ainsi la troublante Vierge à l’Enfant (1450) de Jean Fouquet dont le sein jaillissant du corsage délacé semble gonflé d’une sève qui n’est pas que du lait. Cette Vierge, on le sait, emprunte les traits de la terrestre et sensuelle Agnès Sorel, la dame de beauté, maîtresse du roi Henri VII. Cet exemple montre assez bien que, de toute éternité de l’art, le peintre, en fouillant entre ciel et sexe, ne fouille, dans la secrète dissidence de la création,  que ses propres désirs.

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Lundi 8 juin 2009

                                                                                 Tépidarium (1853)

 

Dans le Tépidarium (1853) de Chassériau, qui fut l’un des élèves préférés d’Ingres,on peut reconnaître la maîtresse et le modèle du peintre, Alice Ozy, incarnant plusieurs personnages de femmes, nues ou en « drapé mouillé » inspiré de la statuaire grecque. Elle est aussi la resplendissante beauté d’Un bain au sérail (1849) que Chassériau, amoureusement, ne craint pas de peindre debout, les bras croisés sur sa poitrine, montrant « les parties basses » de son anatomie et le dessin précis de son pubis bombé et légèrement ombré. Elle est encore, changeant de registre, la troublante Baigneuse endormie près d’une source (1850) dont les bras passés autour de sa tête découvrent, fait rare pour une toile exposée au Salon, le brun frisottis de ses aisselles. Par son sommeil feint, cette baigneuse, identifiable, nous permet de découvrir son corps comme on découvrirait une terre à prendre. Et ce corps, nommé pour ainsi dire, dans sa solidité charnelle et sa puissance tactile, abolit le décor naturel qui l’encadre.

                                                  Baigneuse endormie près d’une source (1850

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