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Publié par med médiène

Maya Plisetskaya - Boléro de Ravel, chorégraphie de Maurice Béjart)

L’impeccable interprétation du Boléro de Ravel par Maya Plisetskaya semble si pénétrée par le martèlement entêtant du tambour allant crescendo que l'on dirait qu'elle fait corps avec elle, qu’elle s’abandonne entière à l’intensité du plaisir qui la submerge par vagues ondoyantes. Sortant progressivement de l’obscurité de la scène regardez son corps épouser le rythme de la danse, son tempo à la mélodie recommencée et comme enveloppante, déchirée parfois par la fulgurance du cri métallique de la cymbale. Regardez maintenant en pleine lumière son corps souple qui ondule et frissonne, son bassin qui se tend et qui mime le geste de l’amour et regardez ses longs bras fluides qui serpentent en volutes au-dessus de sa tête comme le faisaient les baigneuses de harem de Théodore Chassériau.

Seule sur la scène surélevée elle captive notre regard par ses cuisses de nymphe slave, son ventre, ses hanches onduleuses, ses seins qu’effleurent ses longues mains caressantes qu’elle offre à un amant invisible. Et puis, sur une note plus haute qui brise le monotone déroulé de la phrase musicale elle se déchaîne ; elle appelle de ses mains ondoyantes, se cache, se donne dans un balancement voluptueux des reins, s’immobilise, se redresse, bondit filiforme et splendide et joue de tout son corps sans effort et sans fatigue.
Au-dessous d’elle, silencieux dans le frottement de soie de leurs costumes ajourés, 40 danseurs l’encerclent comme une muraille de chair musclée et souple, tournent autour du pivot où elle se tient prostrée en attendant la ruée du mâle jusqu’à l’explosion finale qui laisse à terre la danseuse épuisée et ravie.

 

On sent une complicité quasi fusionnelle entre Maurice Béjart, le maître d’œuvre et Maya Plisetskaya, l’exécutrice « habitée » de ce ballet unique en son genre du répertoire de la Compagnie du chorégraphe Suisse. Il est fort à penser que Béjart a ajouté ce supplément d'érotisme dans la prestation de l’artiste russe parce qu’il s'accorde parfaitement à l'économie du ballet et au désir sexuel qu’il fait rimer ici pendant plus de 15 minutes avec sa conception de l’art de la danse.

 

A voir aussi La mort du Cygne de Camille Saint-Saëns qu’interprète Maya Plisetskaya en 1959 au théâtre du Bolchoï de Moscou

Maya Plisetskaya dans la Mort du cygne de Camille Saint Saëns

 

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