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Publié par med médiène

Mardi 28 juillet 2020 :
Mort aujourd’hui de Gisèle Halimi avocate acharnée de la cause des femmes.
Sa première grande affaire a été celle de défendre Djamila Boupacha, une jeune militante torturée à Alger par les paras du général Massu et destinée à "disparaître" sans laisser de traces. Comme Maurice Audin. Comme René Sintès, le peintre Hispano-berbère. Et tant d'autres.
Gisèle Halimi alertée par les affreuses conditions de détention de Djamila Boupacha réussit, grâce à sa ténacité et à son courage (les Ultras d’Alger voulaient sa peau), à obtenir son transfert dans une prison de la Métropole réputée plus sûre.

Rendre hommage aujourd'hui à l’indispensable Gisèle Halimi c'est rendre hommage à toutes et tous les oublié(e)s de la guerre d'Indépendance. Les sans noms. Les sans visages. Les sans voix.

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Ce témoignage a été publié la première fois en 2015 et actualisé en 2018.

Pour Simone Veil

Pour Gisèle Halimi

On a beaucoup parlé hier, 1er juillet 2018, de la panthéonisation de Simone Veil. On a évoqué sa captivité dans le camp de Ravensbrück, son action auprès de Valéry Giscard d'Estaing et de Jacques Chirac pour l'égalité des droits, ceux des femmes en premier lieu, et sa ténacité à faire voter sa loi sur l'avortement (janvier 1975) malgré la forte opposition des députés de son camp. Tout cela est juste. Les femmes de ce pays vivent mieux leur corps depuis cette date et elle le doivent en grande partie à Simone veil.
On n'a rien dit pourtant de son engagement avec Simone de Beauvoir et Gisèle Halimi pour faire sortir des geôles des paras du Général Massu la jeune Djamila Boupacha promise à une mort clandestine (comme celle de Maurice Audin, arrêté par ces mêmes paras, et dont on a jamais retrouvé le corps).
Lorsqu'elle est horriblement violée en 1960, Djamile Boupacha a 22 ans. La détermination de Simone Veil, de Gisèle Halimi et de Simone de Beauvoir, alarmées par ce qu'elles apprennent de sources sures, est totale. Une course contre la montre s'engage alors entre ces trois femmes et l'Institution militaire qui a les pleins pouvoirs à Alger. Djamila peut disparaitre sans laisser de traces à n'importe quel moment.
La force d'âme de ces trois femmes - la philosophe, l'avocate, le femme politique rescapée des camps de la mort (elle ne peut pas ne pas penser à sa propre histoire lorsqu'elle pense à la jeune suppliciée d'Alger) - aura raison de la déraison militaire. Elles réussissent à obtenir le transfert de Djamila dans une prison de la Métropole puis sa libération une année plus tard.

Pablo Picasso - Portrait au fusain de Djamila Boupacha, décembre 1961

Pablo Picasso - Portrait au fusain de Djamila Boupacha, décembre 1961

Une histoire de femme(s)

Djamila Boupacha a 22 ans quand elle est arrêtée en février 1960 par les paras du général Massu. Elle est accusée d'avoir posé une bombe qui n'a jamais explosé. Mise au secret, elle subit quotidiennement d’atroces tortures (baignoire, gégène, coups, bouteille enfoncée dans le vagin ...) pendant 33 jours dans les sinistres sous-sols du centre de tri d'El-Biar à Alger. Dans La question le journaliste Henri Alleg avait dressé en 1958 le répertoire précis des sévices que lui même avait subi avant de s'évader de la prison où il était détenu.
Gisèle Halimi, prévenue par ses proches de la détention extra judiciaire de la militante indépendantiste se rend à Alger. Elle parvient difficilement à la voir mais les autorités la contraignent à repartir en France. A Paris, avec l’appui de Simone de Beauvoir, un Comité de soutien à Djamila est constitué présidé par la compagne de Sartre. A la suite des révélations contenues dans l'article que Simone de Beauvoir publie dans Le Monde en juin 1960, un mouvement de protestation s’enclenche mené par des intellectuels français – de Jean Paul Sartre à François Mauriac, de Maurice Jeanson au Cardinal d’Alger, Monseigneur Duval. Cette mobilisation, outre qu’elle pose sur la place publique la question de la torture, permet de braquer les projecteurs sur le cas de Djamila, la protégeant ainsi du risque de "disparaitre" comme le fut Maurice Audin en 1958. On sait aujourd'hui qu'il a été étranglé par ses tortionnaires.
Françoise Giroud dans l’Express met la pression sur les autorités en informant ses lecteurs de la réalité des faits commis en Algérie. En même temps Simone Veil, rescapée de Ravensbrück, qui est à l’époque chargée des affaires pénitentiaires au ministère de la justice intervient auprès de son ministre de tutelle, Edmond Michelet, ancien Résistant. Bousculé par une partie de l'opinion publique, il consent à ce que Djamila Boupacha soit transférée dans une prison de la Métropole. Poussé par sa hiérarchie, le tribunal militaire d'Alger se dessaisit du dossier et le renvoie à Paris. Simone Veil, qui a connu la violence des camps nazis, parachève de la sorte l’action du Comité en mettant Djamila hors de portée des militaires de Massu. La jeune détenue est transférée d’abord à la prison de Fresnes en juillet 1960, puis dans celles de Pau et de Caen.
Djamila est graciée, sans avoir été jugée ni condamnée, par le Général de Gaulle à la veille du cessez-le-feu, le 19 mars 1962. Elle est libérée le 21 avril de la même année et bénéficie d’une ordonnance de non lieu le 7 mai.

Au bruit médiatique produit par ces femmes tenaces il faut ajouter un soutien de poids, celui de Picasso, qui réalise le portrait de Djamila pour la couverture du livre de Simone de Beauvoir et Gisèle Halimi publié en janvier 1962. Un autre peintre, Roberto Matta, exécute dans la même période plusieurs tableaux autour de la guerre d’Algérie. L’un d’eux, Le supplice de Djamila, une œuvre en noir et blanc comme Guernica, rend hommage à travers la jeune femme, à toutes les victimes de la barbarie humaine - celle d’hier et celle de maintenant.

Gisèle Halimi (à gauche) et Djamila Boupacha à sa sortie de la maison centrale de Rennes, le 22 avril 1962

Gisèle Halimi (à gauche) et Djamila Boupacha à sa sortie de la maison centrale de Rennes, le 22 avril 1962

Quatre visages

Djamila Boupacha, née en 1938, à la prison de Pau. Photo prise par Gisèle Halimi, 1960

Djamila Boupacha, née en 1938, à la prison de Pau. Photo prise par Gisèle Halimi, 1960

Simone de Beauvoir, née en 1908 - Présidente du comité de soutien à Djamila Boupacha

Simone de Beauvoir, née en 1908 - Présidente du comité de soutien à Djamila Boupacha

Gisèle Halimi née en 1927

Gisèle Halimi née en 1927

Simone Veil née en 1927

Simone Veil née en 1927

Pour Djamila, film réalisé par Caroline Huppert avec

FILM

Pour Djamila, film de Caroline Huppert

In memoriam

Maurice Audin, universitaire

Henri Alleg, journaliste

René Sintès, peintre

Maurice Audin et sa femme

Maurice Audin et sa femme

Juin 1957 disparition à Alger de Maurice Audin - Assistant de mathématiques à la faculté d'Alger et membre du parti communiste algérien

Juin 1957 disparition à Alger de Maurice Audin - Assistant de mathématiques à la faculté d'Alger et membre du parti communiste algérien

René Sintès (1933-1962), assassiné à Alger par l'OAS en 1962

René Sintès (1933-1962), assassiné à Alger par l'OAS en 1962

Henri Alleg en 1958. Journaliste à Alger Républicain, il est le dernier à avoir vu Maurice Audin vivant

Henri Alleg en 1958. Journaliste à Alger Républicain, il est le dernier à avoir vu Maurice Audin vivant

Trois portraits de femmes

Le commencement

 

Gisèle Halimi

Gisèle Halimi

Simone de Beauvoir

Simone de Beauvoir

Simone Veil

Simone Veil

Le Comité Pour Djamila présidé par Simone de Beauvoir

 

Germaine Tillion, ancienne résistante et déportée à Ravensbrück.

Germaine Tillion, ancienne résistante et déportée à Ravensbrück.

Françoise Giroud

Françoise Giroud

Dominique Desanti

Dominique Desanti

Lucie Faure

Lucie Faure

Anise Postel-Vinay, ancienne résistante et déportée à Ravensbrück.

Anise Postel-Vinay, ancienne résistante et déportée à Ravensbrück.

Héléne Parmelin

Héléne Parmelin

Marguerite Duras

Marguerite Duras

Genevieve de gaulle.

Genevieve de gaulle.

Marie-José Chombart de Lauwe

Marie-José Chombart de Lauwe

Elsa Triolet

Elsa Triolet

Michèle Audin, CNRS

Michèle Audin, CNRS

Françoise Mallet-Joris

Françoise Mallet-Joris

Francoise Sagan en 1960

Francoise Sagan en 1960

Commenter cet article

Ita 01/01/2017 17:59

Et les luttes se continuent

med médiène 01/01/2017 23:42

Oui, c'est frai, il faut continuer. Mais on dirait que les lutteurs sont fatigués. Restent les lutteuses, heureusement.

covix 31/12/2015 20:49

Toujours à la ponte du combat, rarement glorifiée.
Bonne fin d'année
@mitié

med médiène 02/01/2016 21:34

J'ai revu le petit papier sur "Combats de femmes." Il était vraiment mal fichu. Là, je crois qu'il est moins pire. A qui songiez-vous quand vous dites ... rarement glorifiée?".
Bon début de semaine et d'année.
Amitiés.